Archive for the ‘ La Voix off ’ Category

La voix off derrière le rideau (3) : Froidement

La liqueur de café coule in perpetuum mobile dans certaines veines – paroles. Ainsi le poète René Daumal dans son recueil « Le Contre-Ciel ».

Après être rentré chez son serveur invisible préféré dit le ghost host et ce en Vélib’ – non sans avoir percuté quelques rétroviseurs agressifs, le voici debout, lucide et ravageur écrivant « Froidement ».

Il faut le voir allumer fébrilement son alimentation fantôme, les lèvres collées à l’Anti-Pop, tel un collant sur l’ubac d’un braqueur.

La voix off est un métier dangereux, on ne le dira jamais assez. Surtout quand elle est pratiquée derrière un rideau de fumée.

Cette voix off intime, grave et grailleuse, joueuse et jouée, égrenant avec plaisir sa Charybde en Syllabes, est mûre pour une vengeance démasquée. La mue s’opère, la voix revêt la peau des mots, et la vend avant de les tuer.

Mais seul il ne l’est plus. Son double sardonique et strident fait écho. Ainsi que le bien-nommé Xavier Lucas, voix off rieuse de son état, entre causeries et closeries. Qu’il en soit ici remercié. Voici :

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Froidement

Attention, le voilà avec sa plume,
attention, il va s’expliquer,
il va crier, il est seul.

Taisez-vous, taisez-vous, leur dis-je;
- à qui? Les mots perdent leurs peaux
ils sont nus et froids dans ma main.
Ah! mon couteau le plus glacé,
mon plus trompeur semblant de meurtre,
c’est cette parole : à qui ?
Je ne parle à personne,
je me vautre sous les lampes,
je me déchire au bord des fleuves.

Je voudrais dire : vous …
et ajouter n’importe quoi;
mais un œil blanc sans pitié,
- et sans vie, bien sûr – m’a cloué.

Alors, pourquoi donc chercher les saisons,
les animaux des fables, les naufrages,
les illustrations du malheur,
les fers forgés complaisants,
et tout le reste?

Eh bien, oui, seul, assez!

Votre voix-off interviewée par le magazine Management

C’était à la fin du mois d’avril, dans ce café où l’on boit un excellent Rasteau, où l’on déguste de délicieux mets pour pas cher et où l’on peut admirer peintures, dessins et autres musiciens barjos, en un mot, le bien-nommé L’âge d’or, c’est dans ce café donc qu’a eu lieu l’interview autour de la voix-off en général et plus particulièrement des thèmes comment poser, placer sa voix et comment gérer son stress – avec une journaliste du mensuel Management,  Ophélie Colas des Francs.

« Sachez vous affirmer : Ne pas se laisser marcher sur les pieds, défendre ses choix et faire adopter ses décisions, le tout sans agressivité : vingt pages de conseils pour apprendre à asseoir son leadership. »

C’est donc dans ce dossier du mois de Juin que vous trouverez à la page 58 un encadré « Apprenez à placer votre voix » où je témoigne de mon activité de voix-off au côté de Guillaume Gallienne de la Comédie Française et de Jean-François Bonnassies, consultant chez Demos.

Un conseil à la volée ?

« Il y a toujours dans l’entreprise un collègue dont on aime la voix. Ecoutez-le et imitez-le. »

En effet, parallèlement à la voix-off, je pratique également le coaching vocal. Mais je vous en parlerai un peu plus dans un prochain article…

La voix off derrière le rideau (2) : Le Hérisson

Symbole entre autres de la gourmandise, de la déchéance, de la prudence, ou de la juste distance à l’égard de la relation amoureuse selon les libertins, le hérisson se retrouve ici propulsé en porte-drapeau de la voix-off, souvent cachée, comme une épine dans le pied de micro, au beau milieu de la route, dans l’obscurité, et pourtant saine et sauve (pour les tsiganes, il semblerait qu’il soit d’ailleurs le symbole de la survie – il protège des éclairs, mais pas des coups de foudre ;)
Une voix off-shore en quelque sorte.
Bien sûr, question emblème, le caméléon sied mieux à la versatilité de certaines voix.
Pourtant, qui ne connaît pas l’expression “avoir un hérisson dans la gorge” ?
Nous rebaptiserons donc officiellement cet hérisson voiceoverisé derrière le rideau en : hérissoff.

L’interprète visiblement fatigué entame ici un récitatif d’une voix nonchalante mais aussi ironique et piquante pour ne pas dire sexuelle.

Je me souviens qu’au moment de cet enregistrement, il y avait autour de moi du rouge sur les murs un peu à la Trouble Every Day, et des signes du Yi-King en jaune.
Mais qui a influencé quoi ? Mystère.

écoutons plutôt :

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c’est en traversant la route entre une forêt noire
et un désert glacé
que je décidai de léguer à la science mon corps peu glorieux
canonisé dans une foire par un papillon rebouteux
je trimbalai ma pancarte et mon seau pour le bac à sable
l’envie de jouer était plus forte que l’alcool tribal
et le mikado m’agaçait sous les pins parasols
avec ma patience légendaire

sous les roues d’un camion écarlate
un 6 tonnes
j’observais médusé sur le bitume ma bite écrasée
tu m’étonnes
une nouvelle vie
et plus de rhumes à répétition

me vlà dev’nu un hérisson
qui a combattu par l’image périra par le son
me vlà dev’nu un hérisson
qui a combattu par l’image périra par le son

Le piano droit mis en sourdine est joué d’une main de maître animant les prés par O de Mars.
Hélas trois fois hélas, ce piano fut vendu à un obscur aède.

Nous noterons la curieuse leçon de cette palabre : l’image blesse, le son tue.
Ce ne sont ni Écho ni Narcisse qui me contrediront.

Votre voix-off a testé la direction artistique via Skype

ISDN, Source Connect, Phone patch ?

Non, ce ne sont pas les derniers codes à la mode utilisés par les agents secrets du MI5 (oups & gloups, ont-ils repérés leur mot-clé sur mon site, sont-ils déjà en train de m’écouter ??). Bien que fan de la série anglaise Spooks, tout ceci n’a pas grand chose à voir avec notre histoire.

ISDN qui est l’abbréviation de Integrated Services Digital Network (ou Réseau Numérique à Intégration de Services, en français, c’est-à-dire : RNIS) permet lorsqu’on est équipé d’étranges codecs d’envoyer notamment des données audio et vidéos en live de relative qualité à l’autre bout du monde.
Source Connect est un plug-in VST et Audio-Units qui relie entre eux 2 studios qui en sont équipés. Un studio de post-production peut par exemple récupérer directement sur son logiciel l’enregistrement de votre voix-off que vous produisez dans votre home-studio. La compression effectuée est de type AAC, et l’on peut atteindre 160 kbps en mono (et en version pro).

Seulement voilà tout ceci a un coût (extrême pour l’ISDN) et un intérêt relatif. Très peu utilisé en France, et en Europe (à part en Allemagne je pense), l’ISDN est un standard aux USA. Le problème, c’est que vous pouvez toujours vous équiper de votre côté, mais si vos studios et clients habituels ne le sont pas, cela ne sert à rien.

J’ai même appris récemment sur un blog anglo-saxon consacré au son en général et à la voix-off en particulier que la compression ISDN n’était pas si “ultimate” que ça. 128K et souvent même 64K. Attention, il ne s’agit pas d’une compression de type mp3, elle est meilleure (en gros, toujours d’après l’auteur du blog, comparativement comme est meilleure la compression AAC par rapport à MP3). Mais tout de même.

La direction artistique via Skype

En attendant de m’équiper avec Source Connect qui me paraît plus simple à configurer même si encore minoritaire (plus pour longtemps ?), j’ai eu une proposition surprenante tout récemment. Après m’avoir demandé si j’étais équipé d’ISDN, Source Connect ou d’un phone patch, un producteur américain ne s’est pas laissé démonter devant l’avalanche de mes réponses négatives : “pas grave, vous avez forcément Skype ?”. Euh oui, en effet.
Et me voilà fixant un rendez-vous pour une première audition sur la côte E.S.T. !

Bien sûr, vous l’aurez compris, il ne s’agissait pas là de récupérer ma voix-off via Skype mais de simplement me diriger pour voir si j’étais capable de répondre aux demandes des clients, en anglais.
J’avais un énorme doute sur la compréhension que j’allais avoir de la conversation, en particulier à cause du décalage supposé de la connexion Skype. Mais il n’en fut rien, en tout cas on était loin des dialogues ubuesques lors de certains duplex à la télé :

- Alors Jean-Charles vous êtes en direct de Washington, comment a réagi Barack Obama après le vote du Congrès ?
- (…)
- Vous nous entendez Jean-/
- Eh bien oui Laurence, le président amé/ oui je vous en/
- Ah oui vous nous enten/
- oui le président américain a donc/

Rien de tel sur Skype, rien de rédhibitoire en tout cas. Pour l’anglais c’est une autre histoire… ;-)
Mais je m’en suis admirablement sorti. Comme toujours. :-)
Le plus gênant, c’était ce grésillement strident et continu, assez désagréable je dois dire. Mais on s’y fait.
L’ingé-son me dirige donc et me demande ensuite de lui envoyer l’enregistrement de la voix-off tel quel (sans montage) en Wav – 48k – 16bit par FTP.
Et pis c’est tout. Awesome.

On peut toujours rêver

Revenons à notre blog anglo-saxon. J’y apprends donc que Skype a fait une annonce en janvier 2010 à propos de leur nouveau streaming vidéo en HD. L’ingé-son américain se demande donc justement : mais s‘ils sont capables de faire ça en vidéo, pourquoi ne proposeraient-ils pas une connexion uniquement audio de 256 kbps voire plus !? Quitte à nous faire payer (un peu) pour avoir un service stable.

Comme on dit sur Twitter : je plussoie.

La voix off derrière le rideau (1) : Cleaning Robots

Voici un texte – écrit avec une plume arrachée à l’aile gauche de la voix-off home-studieuse – qui fut mis en micro-ondes afin de célébrer tous ces robots ménagers qui nous facilitent la vie ; Morceau qu’on pourra qualifier d’electonica spoken word.

La voix-off se prend ici pour une voix de haut-parleur, une voix d’annonce calme, sorte de garde du corps en pilotage automatique, légèrement froide, sans autre émotion que celle suscitée par le guiliguili ironique d’un grésillement…

message du service de sécurité :
des robots dérobés au museum d’histoire surnaturelle
ont été aperçus aux abords d’une autoroute arythmétique
par ailleurs, et ceci fut corroboré par une source officielle,
ils étaient sans culotte
et arboraient les armoiries de leurs ancêtres qui travaillaient – ce mot n’existe plus -
à la voirie
triant les grains de sable sur les dunes métalliques
ce sont des cerveaux – ce mot n’existe plus – vociférants
qu’il conviendrait de mettre au pilon.

La voix-off télé guidée se réincarne ensuite de manière incompréhensible en robot semi-déglingué, semi-anglais, d’une marque inconnue entre Kenwood, Kitchenaid et Krups (en tout cas, c’est sûr, ça commence par K.) qui aurait voulu faire désespérément partie du casting de Dead Man de Jim Jarmush.

C’est une voix qui sussurre, qui a peur, qui est sensuelle (comprenez : elle s’applique des sangsues sur les cordes vocales) ; c’est une petite chose qui en sait long sur le néant.

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